La balade commence à l'angle de la rue Piat et de la rue des Envierges dans le 20eme arrondissement de Paris. Vous devez avoir l'une des plus belles vues qui soit avec le parc de Belleville et la jungle parisienne en arrière-plan. La Tour Montparnasse et la Tour Eiffel s'y provoquent en duel et nous on baisse les armes devant ce panorama renversant.
On continue dans la rue de Belleville, cosmopolite et bigarrée, avec une foule d'anonymes qui se presse tous les jours dans les commerces et restaurants chinois. Je vous recommande une boulangerie chinoise dont vous me direz des nouvelles dans laquelle vous pouvez déguster des hot-dogs en pain viennois, un truc improbable qui vous donne des hanches de fermière en trois bouchées mais qui reste délicieux. Dans cette rue, moi je sais pas vous, mais impossible de ne pas tomber en arrêt devant la représentation de cet homme monumental qui s'accroupit sur son mur comme pour se mettre à notre hauteur.
Evidemment comme le bonheur se ramène toujours en rang par deux, j'ai retrouvé pour mon plus grand bonheur deux représentations de Fred Le Chevalier. L'ami Fredo toujours au rendez-vous avec ces figurines en noir et blanc ornées d'un coeur rougeoyant.
Dans ce coin de poésie perdue au milieu du tumulte de la ville, j'ai même retrouvé pour vous une cabine téléphonique complètement ubuesque. La seule différence par rapport aux autres, c'est qu'elle ne sonne jamais mais qu'on vous y invite quand même à prendre l'appel.
Une rue spectaculaire qui semble avoir été dédiée au street art est la rue Denoyer qui donne sur la rue de Belleville. Pas un centimètre carré de cette artère n'a échappé au coup de pinceau ravageur d'une bande de fous-furieux qui l'ont transformée en comic book géant et croyez-moi c'est un bonheur à chaque fois d'en tourner les pages. J'y ai retrouvé des fragrances de Tim Burton entremêlées de carreaux intimes sur lesquelles on peut observer la nostalgie de moments défunts qui parviennent pourtant à imprégner durablement nos rétines.
En redescendant sur République, j'ai pu croiser un magnifique homme-parapluie peint sur un rideau de fer. Même quand on ferme boutique à Belleville, le spectacle continue, on en reviendrait presque à regretter les jours fériés pour en voir plus souvent.
Puis j'ai longé le Canal Saint-Martin dans des paysages sépia me rappelant Amélie Poulain. J'ai dit bonjour à Antoine et Lili, mon café préféré au décor de poupées, j'ai soutenu mentalement les touristes coincés dans les innombrables écluses qui jalonnent le canal et j'ai rendu hommage intérieurement à Arletty en passant à côté de l'Hôtel du Nord en me projetant sur le film décousu de mes pensées la fameuse tirade qu'elle déclamait à un Jouvet totalement blasé par son verbiage.
J'ai fini ma balade par le Point éphèmère dans lequel il m'arrive souvent d'écouter de bons petits concerts. Avec les sons rock qui s'y échappent pour venir vous chatouiller les tympans et ses affiches déchirées qui lui donnent des allures de no man's land, j'ai retrouvé un Batman et un Robin rachitiques aux mentons démesurés qui m'ont semblé être sur l'instant un vibrant hommage aux frères Bogdanoff.