Six pieds sous terre
Qui n’a jamais rêvé de jongler avec des grenades ou de sauter d’avion pour filmer des parachutistes... sans parachute ? Personne ? Et pourtant ces anecdotes sont vraies. Les morts cons m’ont toujours émue, parce qu’elles font rire malgré le tabou que représente la Grande Faucheuse… Ne dit-on pas que les plus beaux fous-rires sont ceux qui ont lieu lors d’enterrements. Cela dit, les morts cons sont souvent issues des pensées détraquées de fous furieux qui se croient au-dessus des lois, le genre de « trompe-la-mort-mon-cul » qui osent les plus grosses conneries du monde, en se disant qu’ils s’en tireront sans une égratignure avant de réaliser (ou pas) qu’ils se sont foutus en l’air pour rien. Pour vous initier doucement aux morts cons, je vous conseille très fortement deux épisodes de Six Feet Under. Le premier, le plus fameux est la mort de Chloé Yorkin. Chloé est super
contente. Chloé vient de divorcer et Chloé se bourre la gueule avec ses copines dans une limousine. Elle est tellement radieuse, Chloé, d’avoir largué son boulet d’ex-mari qu’elle veut le crier au monde entier. Pour ce faire, Chloé passe la tête à travers l’ouverture du toit de la limousine et s’empale direct sur un panneau de signalisation. Dans le même genre d’accident trash, celle de Samuel Hoviak dans la saison 5 est pas mal non plus. Samuel part à son travail et pense qu’il peut depuis son volant, récupérer son journal tout en faisant une marche arrière dans son allée. Samuel aurait dû se souvenir qu'un mec, c'est avant tout monotâche. Mais Samuel n'en fait qu'à sa tête (ouarf, ouarf...). Ainsi quand il veut prendre son journal, il se penche aussi maladroitement qu'une Carla Bruni bourrée exécutant la génuflexion de trop devant la Reine d'Angleterre et finit la tête écrabouillée par la roue avant de son propre 4x4. Si vous n’avez jamais vu cette série, faites-le. Pas seulement pour Chloé et Samuel mais parce que chaque épisode nous interroge sur la famille, le sens de la vie et sur nos émotions face à la perte de l’autre qu’il soit grand-père, nourrisson, proche parent ou illustre inconnu, mort dans son sommeil ou victime d’un autre.
Les Darwin Awards
Pour continuer votre initiation aux morts cons, je vous recommande les Darwin Awards. Ce site a décidé de dédier chaque année une récompense aux morts les plus stupides. Les prix sont censés remercier ceux qui, par leur disparition, préservent les futures générations de comportements particulièrement débiles. Même si je ne cautionne pas la théorie développée par le site, il m’est arrivé de me taper des barres de rires en lisant les morts « récompensées » :
1996 – Newton NC : Ken Charles Barger est réveillé à son domicile par son téléphone. Pensant prendre son combiné, il saisit par erreur son Smith & Wesson et se tire une balle dans la tête.
1996 : Un type est retrouvé mort dans sa chambre. Les policiers ont relevé un taux de méthane anormalement élevé dans la pièce. Après analyse, on a constaté que le mec s'est, en réalité, asphyxié avec ses propres gaz, en raison d'une alimentation, composée exclusivement de choux et de flageolets.
Debby Mills-Newbroughton est morte à la veille de son 100ème anniversaire. La cause ? Elle a été renversée par la camionnette qui apportait son gâteau d’anniversaire.
D’autres morts de la vie ordinaire peuvent figurer à notre palmarès personnel. Elles font moins rire parce qu’on peut mettre un nom et un visage sur la personne qui vient de partir. Je me souviens ainsi de mon pion de collège, Monsieur Perron, qui est mort parce que son balcon s’est décroché et qui est tombé, la tête la première, un étage plus bas. Je me souviens de ce prof de philo, Monsieur Florent, qui passait son temps à faire des crises de cataplexie. Il s’écroulait au sol pour un oui ou pour un non et se relevait quelques instants plus tard comme si de rien n’était. A-t-il fait la chute de trop ? Je ne le saurai jamais. Je me souviens aussi de ma carrière-éclair en tant que chargée d’assistance. Je crois que je les ai tous eus, les Pierre Richard de la vie, les catastrophes ambulantes qui vous appellent à pas d’heure parce que leur voiture vient de prendre feu sur l’autoroute ou parce que leur bagnole trône sur un rond-point qu’ils n’ont pas vu. Oui, je me souviens de toi, honorable assuré, qui as pris une balle dans les fesses à Phnom Penh et qui me demandait depuis ta chambre d’hôpital d’organiser ton rapatriement sanitaire alors que je ne parle pas un seul mot de khmer (salaud !) ou encore de toi, plongeur malheureux, qui as voulu, je ne sais pour quelle lubie, piquer une tête dans une piscine sans eau. Tout le monde ne fait pas Grand-Corps-Malade dans la vie, alors pourquoi as-tu fait le saut de l'ange, toi, mon nageur en eaux troubles ? Cela dit, même si vous m’avez tous rendue à moitié dingue avec vos appels à l’autre bout du monde pour que l’on vous porte secours dans des situations inextricables et, si possible, dans un pays dont on ne maîtrise pas la langue, mes chers assurés de mes deux, vous m’avez appris une chose essentielle. Une balle perdue, un verre de trop, un défaut d’attention, une nuit sans capote, une confiance aveugle en soi : personne n’est à l’abri d’une mort con.
Morts célèbres
Pour vous achever en beauté sur les morts stupides, je vous invite à regarder du côté de nos illustres concitoyens. Non, je ne vous resservirai pas pour la énième fois la mort de Claude François, c’est de la roupie de sansonnet par rapport à ce qui va suivre. Commençons par les morts par expectases. Peut-on mourir en plein orgasme ? Et bien, Jean Daniélou – déjà rien que le nom, je l’aurais mis sur écoutes, le gars, mais bon…- (1905-1974), cardinal et académicien, pourrait témoigner s’il n’était mort d’extase dans les bras d’une (voire de deux diront les mauvaises langues) prostituée (avec un « s » accorderont les mauvaises langues). Félix Faure (1841-1899) s’est, lui aussi, mis dans de beaux draps avec Marguerite Steinheil. La légende veut qu’à la question du médecin : « Le président a-t-il toujours sa connaissance ? » l’on ait répondu : « Non, Monsieur, on l’a faite sortir par une porte dérobée ».
Cela dit, d’autres disparitions involontaires ont failli me faire tomber de ma chaise, tellement elles sont hallucinantes, comme la mort de l’abbé Prévost (1697-1763). L’auteur de Manon Lescault a été retrouvé sans connaissance. Pour connaître la cause de sa mort, on pratiqua une autopsie sur le corps de l’abbé qui se mit, alors, à hurler. Mais c’était trop tard, le bistouri venait de le tuer… Ca vous la coupe, hein ! C’est Gil Grissom qui doit retourner l’abbé dans sa tombe !
Et que dire de la mort de René Goscinny (1926-1977) qui mourut sur le vélo d’appartement de son cardiologue en plein tests d’efforts cardiaques ! Mais on peut encore remonter plus loin dans le temps et déplorer le fait que Frédéric Barberousse (1122-1190), empereur d’Occident, n’ait pas eu la bonne idée d’enlever son armure avant de se baigner dans un fleuve et de s’y noyer direct. On peut également regretter que Tycho Brahé (1546-1601), un astronome danois, n’ait pas osé demander une pause pipi à l’Empereur Rodolphe II avec lequel il voyageait. Parce que son manque de courage lui a quand même valu de mourir de septicémie suite à cette rétention urinaire volontaire. D’où la fameuse expression tchèque : « Je ne veux pas mourir comme Tycho Brahé », quand on parle d’une envie pressante. Pour placer ça lors d’un dîner, je ne suis pas sûre que cela fasse son effet, mais bon, vous pouvez toujours la sortir (je parle de l’expression tchèque concernant Tycho Brahé, hein !)
Quant à d’autres morts célèbres, certaines d’entre elles m’ont faite moins rire, peut-être parce qu’elles étaient volontaires et que dans certains cas, il faut une incroyable désespérance pour sceller son destin de cette façon-là. Que penser d’Hemingway qui se flingua parce qu’il ne pouvait plus bander ? Bon, faut dire aussi qu’il était légèrement foufounet, atteint de cécité et de diabète, mais bon quand même ! Que dire de
Virginia Woolf qui se noya dans une rivière en remplissant ses poches de pierres ? Bon, elle était légèrement bipolaire et cela ne se soignait pas à cette époque-là, d’accord... Et que penser du suicide de John Kennedy Toole qui, refusé par tous les éditeurs, mit fin à ses jours alors que La conjuration des imbéciles a finalement été publiée à 1,5 millions d’exemplaires et a remporté le Pulitzer ? Bon il s’était adressé à des éditeurs particulièrement incompétents, certes… Et bien, on pourrait simplement en conclure que toutes ces morts sont injustes et qu’elles ne sont aucunement le reflet de la vie des défunts, pour la simple et bonne raison que l’on ne peut mesurer la seconde où l’on passe de vie à trépas à l’étendue de toute une vie. Cela dit, avant de clore ce billet, je voudrais m’assurer d’une dernière chose auprès de tous ceux qui réunissent toutes les conditions pour accomplir des actes particulièrement crétins concourant à leur propre perte. Avant de passer un coup de fil à une chargée d’assistance âgée de 18 ans, qui est à moitié apeurée derrière son téléphone, en se demandant quel malade mental va encore lui tomber dessus. Oui, je m’adresse à vous qui vous apprêtez à appeler à l’aide parce que vous avez caressé un requin qui était en train de bouffer tranquillement, vous qui hurlez dans le vide parce que vous avez voulu descendre en rappel l’Arc de Triomphe avec une corde d’un mètre cinquante ou encore vous, qui avez lancé un bâton de dynamite sur un lac gelé, lequel vous a été rapporté par votre chien qui pensait que c’était un jeu. Ne l’appelez pas cette gamine. Jamais, vous m’entendez ! Assumez, les gars ! De toutes façons, le temps d’ouvrir votre dossier, vous n’aurez pas le temps de lui balancer tous les détails crétins qui vous ont conduits au fond du ravin. Z’êtes foutus… Alors laissez-la terminer son job d’été en paix loin de vos turpitudes ahurissantes. Et ne la hantez plus avec votre fantôme en maillot de bain qui nageouille dans une piscine vide. Merci pour elle.