Cet atelier poétique a été déclenché comme une pulsion incontrôlée, une oeillade fanfaronne. Le "Chiche ?" de Francis Baux m'a amusée et je me suis lancée dans l'exercice en entrainant dans mon sillage quelques malheureuses victimes consentantes qui trainaient à portée de mes tentacules. Et c'est ça qui me plaît dans les ateliers d'écriture, quand l'un jette le défi en l'air et que d'autres se précipitent sur leur plume pour le relever en tirant la langue, parce que l'écriture, vous comprenez, c'est compliqué. Il subsiste alors, dans ces moments-là, comme un parfum d'enfance où l'on prend le temps de laisser tomber ses oripeaux d'adulte pour jouer avec l'autre, en faisant tournoyer inlassablement les mots dans son crâne, jusqu'à ce que les rimes prennent sens, jusqu'à ce que le sens prenne vie... Et que les émotions de chacun s'entremêlent et se fassent écho... Le temps d'une ritournelle... Le temps d'une photo.

La volante ...
Non ce n’est pas, la police des frontières,
Enfin si, elle existe toujours.
...Mais ici je vous présente la petite dernière,
Nous allons en faire un tour.
C’est bien sûr une décapotable, c’est mieux,
Faut voir, suivant les saisons ?
Il demeure que pour Paris et dans les cieux,
Pour se déplacer quel frisson !
J’explique, elle vole puis atterrissage court,
On peut facilement la piloter.
On s’arrête comme on veut, à chaque tour,
Pas de vertige ni de frilosité.
J’ai circulé hier, au –dessus du sacré cœur
En prenant des photos aériennes ;
Certes je n’ai pas froid aux yeux, petite sœur
Si tu veux essayer, je t’emmène.
Ce soir je tricote un parachute, en chaude laine,
C’est mieux pour le mauvais temps ;
S’il neige, grêle, vente et qu’on perde haleine,
On se rit de tout, et on revient contents !
Francis Baux
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Cela faisait des années que je le poursuivais
Il finissait réellement par me hanter;
Mais que suis je en train d’évoquer si peiné ?
Je vous écris sur mon bolide métamorphosé !
Il semble égaré sur ce trottoir
A la recherche d’une trajectoire.
Pourtant, son GPS indiquait clairement
Les sons du raisonnement.
Préférence de l’errance en terre inconnue
Las des regards discontinus,
Il se souviendra longuement
De la personne le photographiant.
En ce jour ordinaire, l’apparition de son destin
A défilé en quelques secondes sous un œil malin.
Sous un ciel bleuté, il distingua cette pieuvre
Qui semblait être à la recherche d’une preuve.
Mais non. L’auscultation de cette dernière
Ne servira pas à alimenter les casiers judiciaires.
Il ne restera donc plus qu’à prendre l’envol
Pour éviter encore et encore un second vol
Clément Chatain
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Tu te dessines dans le miroir
Mais tu sembles seulement t’apercevoir
Tu ne pensais pas que la fatigue te frapperait
Tu ressens maintenant le poids des années.
Tu t’estimais inoxydable
Face aux enfants malléables
Mais c’est toi qui as fini manipulé
Par un système tout entier.
Une dépression ascendante te guettait
La nostalgie envahissait toutes tes pensées
Jusqu'au jour ou Laure t’a pris en photo
Enfin, sur toi, s’est posé un regard nouveau !
Tu as maintenant une autre vie,
Cela te parait inouï.
Tu ne voulais plus y croire
Mais je t’avais dit de garder espoir
Vu maintenant sous un autre œil,
Peut être finiras tu dans un recueil ?
La poésie te métamorphosera
Pour retrouver ainsi ton aura.
Clément Chatain
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Objet Perdu !
Bien Plus qu’un épigone d’une Ariane stellaire,
Voici la photo de ma dulcinée,
Après un vol lunaire.
Ma fusée m’a été subtilisée,
Un esprit mal intentionné a dérobé ma bien aimée.
Alors je vous en supplie, si vous la retrouvez,
Ou si vous apercevez mon astronef égaré,
Contactez-moi de toute urgence svp !
Tel : 23023023023023
Sur le Réseau orbital.
Voyageur intersidéral,
Navigateur spatial,
Pirate intemporel de galaxies invraisemblables,
Voleur d’étoiles insatiable,
Photographe de météorites insondables,
Je me retrouve à quai sur votre terre.
Seul sur cette petite planète bleue qui est votre mère.
Je suis un prince galactique sans royaume,
Un clochard terrestre, un fantôme sans couronne.
Je veux rentrer chez moi !
Aidez-moi !
Je suis prêt à donner 1 kilo de platine,
En échange de mon bijou : 4 places modulaires,
Je suis joignable sur tous les systèmes solaires,
Ma prime vaut dans tout l’univers au guichet des banques Palatine.
Jean Baptiste Ferran
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Ta carlingue tavelée révèle ta vieillesse,
Ton seul trophée semble être les cornes d’un oryx
À qui tu dis sans fin ce que fut ta jeunesse
Au temps où tu rêvais d’être un autre Phénix.
Toi qui meurs lentement en rouillant un trottoir
Laisse-moi aux passants raconter ton histoire.
Lassé des rires d’enfant, agacé par leurs pleurs,
Profitant de l’absence de ta jeune patronne
Tu t’échappas un jour de la foire du Trône
Pour t’envoler là-haut, bien au-dessus des fleurs.
Mille fois en trente ans, tu fis le tour du monde
Sans jamais te poser, tu suivis l’équateur
Déjouant les orages où le tonnerre gronde
Te mêlant aux froufrous des ailes des migrateurs.
Puis un jour, imprudent, tu survolas l’enfer
D’un volcan islandais au nom imprononçable.
Tu te retrouvas seul, bombardé de mâchefer
Dont tu sortis meurtri, sale et méconnaissable.
Tu décidas alors de rentrer au manège.
Au milieu des flocons, tu fis plusieurs passages
Mais comment se poser sans train d’atterrissage
Quand le sol est couvert d’un blanc manteau de neige ?
S'envoler est facile, mais revenir l'est moins.
Après plusieurs essais tu heurtas un obstacle
Et c'est un brocanteur assisté d'un témoin
Qui te débossela et t'offrit en spectacle
Toi qui meurs lentement en rouillant un trottoir
J’ai conté aux passants un peu de ton histoire.
Jean-Noël Lewandowski
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Carnets d'un pilote repenti
Sur le tarmac de mes souvenirs évaporés,
Je l’ai retrouvé gisant sur l’asphalte, mon beau bombardier,
Avec son train d’atterrissage élimé, son hélice hors d’usage et sa belle nageoire caudale,
Je me souviens qu’enfant, je me faisais l’effet de St Ex’, du temps de l’aéropostale.
Je grimpais sur le manège de mon enfance défunte, en enfourchant mon avion sans réaction,
Et fendais l’air bêtement de haut en bas, en admonestant mon équipage fantôme de tous les noms.
Je surveillais nerveusement les constantes d’un tableau de bord désespérément éteint,
Et feignais d’entrevoir, dans les doux bruissements du vent, l’imminence d’un crash certain.
Parvenu aux premiers tangages de l’adolescence,
J’effectuais consciencieusement mes vols de reconnaissance.
Je sélectionnais soigneusement mes hôtesses de l’air,
Tout en rêvant fiévreusement à des amours stellaires.
Arrivé à l’âge adulte, je devins un véritable avion d’affaires,
Le sourire léonin, le palm pilot toujours en chasse et jamais peu fier,
Le fuselage de mes conquêtes caréné tous les six mois,
Entre silicone, botox et surveillance assidue du poids.
Et puis, après des années de turbulence, j’ai décidé enfin de me poser,
Ma commandante de bord ayant enfin daigné répondre à mes maydays.
Je me suis perdue avec elle entre ballades de haute voltige et parfum d’absolu,
Celui qui vous fait prendre de l’altitude sur la vie et vous fait oublier vos longues heures de vol dissolues.
Laure Mezarigue